Je payai le pêcheur qui passa son chemin
Je payai le pêcheur qui passa son chemin,Et je pris cette bête horrible dans ma main;
C'était un être obscur comme l'onde en apporte,
Qui,
plus grand,
serait hydre,
et,
plus petit,
cloporte;
Sans forme comme l'ombre,
et,
comme Dieu,
sans nom.
Il ouvrait une bouche affreuse,
un noir moignon Sortait de son écaille;
il tâchait de me mordre;
Dieu,
dans l'immensité formidable de l'ordre,
Donne une place sombre à ces spectres hideux;
Il tâchait de me mordre,
et nous luttions tous deux;
Ses dents cherchaient mes doigts qu'effrayait leur approche;
L'homme qui me l'avait vendu tourna la roche;
Comme il disparaissait,
le crabe me mordit;
Je lui dis:
"Vis!
et sois béni,
pauvre maudit!
" Et je le rejetai dans la vague profonde,
Afin qu'il allât dire à l'océan qui gronde,
Et qui sert au soleil de vase baptismal,
Que l'homme rend le bien au monstre pour le mal.
Jersey,
grève d'Azette,
juillet 1855.

