On vit, on parle, on a le ciel et les nuages

On vit,
on parle,
on a le ciel et les nuages Sur la tête;
on se plaît aux livres des vieux sages;
On lit Virgile et Dante;
on va joyeusement En voiture publique à quelque endroit charmant,
En riant aux éclats de l'auberge et du gîte;
Le regard d'une femme en passant vous agite;
On aime,
on est aimé,
bonheur qui manque aux rois!
On écoute le chant des oiseaux dans les bois;
Le matin,
on s'éveille,
et toute une famille Vous embrasse,
une mère,
une soeur,
une fille!
On déjeune en lisant son journal.
Tout le jour On mêle à sa pensée espoir,
travail,
amour;
La vie arrive avec ses passions troublées;
On jette sa parole aux sombres assemblées;
Devant le but qu'on veut et le sort qui vous prend,
On se sent faible et fort,
on est petit et grand;
On est flot dans la foule,
âme dans la tempête;
Tout vient et passe;
on est en deuil,
on est en fête;
On arrive,
on recule,
on lutte avec effort.
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- Puis,
le vaste et profond silence de la mort!
II juillet 1846,
en revenant du cimetière.