pleurs dans la nuit 10
Et la terre,agitant la ronce à sa surface,
Dit:
- L'homme est mort;
c'est bien;
que veut-on que j'en fasse?
Pourquoi me le rend-on?
- Terre!
fais-en des fleurs!
des lys que l'aube arrose!
De cette bouche aux dents béantes,
fais la rose Entr'ouvrant son bouton!
Fais ruisseler ce sang dans tes sources d'eaux vives,
Et fais-le boire aux boeufs mugissants,
tes convives;
Prends ces chairs en haillons;
Fais de ces seins bleuis sortir des violettes,
Et couvre de ces yeux que t'offrent les squelettes L'aile des papillons.
Fais avec tous ces morts une joyeuse vie.
Fais-en le fier torrent qui gronde et qui dévie.
La mousse aux frais tapis!
Fais-en des rocs,
des joncs,
des fruits,
des vignes mûres,
Des brises,
des parfums,
des bois pleins de murmures,
Des sillons pleins d'épis!
Fais-en des buissons verts,
fais-en de grandes herbes!
Et qu'en ton sein profond d'où se lèvent les gerbes,
A travers leur sommeil,
Les effroyables morts sans souffle et sans paroles Se sentent frissonner dans toutes ces corolles Qui tremblent au soleil!

