pleurs dans la nuit 11

La terre,

sur la bière où le mort pâle écoute,

Tombe,

et le nid gazouille,

et,

là-bas,

sur la route Siffle le paysan;

Et ces fils,

ces amis que le regret amène,

N'attendent même pas que la fosse soit pleine Pour dire:

Allons-nous-en!

Le fossoyeur,

payé par ces douleurs hâtées,

Jette sur le cercueil la terre à pelletées.

Toi qui,

dans ton linceul,

Rêvais le deuil sans fin,

cette blanche colombe,

Avec cet homme allant et venant sur ta tombe,

O mort,

te voilà seul!

Commencement de l'âpre et morne solitude!

Tu ne changeras plus de lit ni d'attitude;

L'heure aux pas solennels Ne sonne plus pour toi;

l'ombre te fait terrible;

L'immobile suaire a sur ta forme horrible Mis ses plis éternels.

Et puis le fossoyeur s'en va boire la fosse.

Il vient de voir des dents que la terre déchausse,

Il rit,

il mange,

il mord;

Et prend,

en murmurant des chansons hébétées,

Un verre dans ses mains à chaque instant heurtées Aux choses de la mort.

Le soir vient;

l'horizon s'emplit d'inquiétude;

L'herbe tremble et bruit comme une multitude;

Le fleuve blanc reluit;

Le paysage obscur prend les veines des marbres;

Ces hydres que,

le jour,

on appelle des arbres,

Se tordent dans la nuit.

Le mort est seul.

Il sent la nuit qui le dévore.

Quand naît le doux matin,

tout l'azur de l'aurore,

Tous ses rayons si beaux,

Tout l'amour des oiseaux et leurs chansons sans nombre,

Vont aux berceaux dorés;

et,

la nuit,

toute l'ombre Aboutit aux tombeaux.

Il entend des soupirs dans les fosses voisines;

Il sent la chevelure affreuse des racines Entrer dans son cercueil;

Il est l'être vaincu dont s'empare la chose;

Il sent un doigt obscur,

sous sa paupière close,

Lui retirer son oeil.

Il a froid;

car le soir,

qui mêle à son haleine Les ténèbres,

l'horreur,

le spectre et le phalène,

Glace ces durs grabats;

Le cadavre,

lié de bandelettes blanches,

Grelotte,

et dans sa bière entend les quatre planches Qui lui parlent tout bas.

L'une dit:

- Je fermais ton coffre-fort.

- Et l'autre Dit:

- J'ai servi de porte au toit qui fut le nôtre.

- L'autre dit:

- Aux beaux jours,

La table où rit l'ivresse et que le vin encombre,

C'était moi.

- L'autre dit:

- J'étais le chevet sombre Du lit de tes amours.

Allez,

vivants!

riez,

chantez;

le jour flamboie.

Laissez derrière vous,

derrière votre joie Sans nuage et sans pli,

Derrière la fanfare et le bal qui s'élance,

Tous ces morts qu'enfouit dans la fosse silence Le fossoyeur oubli!