pleurs dans la nuit 14

On brave l'immuable;
et l'un se réfugie Dans l'assoupissement,
et l'autre dans l'orgie.
Cet autre va criant:
- A bas vertu,
devoir et foi!
l'homme est un ventre!
- Dans ce lugubre esprit,
comme un tigre en son antre,
Habite le néant.
Ecoutez-le:
- Jouir est tout.
L'heure est rapide.
Le sacrifice est fou,
le martyre est stupide;
Vivre est l'essentiel.
L'immensité ricane et la tombe grimace.
La vie est un caillou que le sage ramasse Pour lapider le ciel.
- Il souffle,
forçat noir,
sa vermine sur l'ange.
Il est content,
il est hideux;
il boit,
il mange;
Il rit,
la lèvre en feu,
Tous les rires que peut inventer la démence;
Il dit tout ce que peut dire en sa haine immense Le ver de terre à Dieu.
Il dit:
Non!
à celui sous qui tremble le pôle.
Soudain l'ange muet met la main sur l'épaule Du railleur effronté;
La mort derrière lui surgit pendant qu'il chante;
Dieu remplit tout à coup cette bouche crachante Avec l'éternité.