pleurs dans la nuit 15
Qu'est-ce que tu feras de tant d'herbes fauchées,O vent?
que feras-tu des pailles desséchées Et de l'arbre abattu?
Que feras-tu de ceux qui s'en vont avant l'heure,
Et de celui qui rit et de celui qui pleure,
O vent,
qu'en feras-tu?
Que feras-tu des coeurs!
que feras-tu des âmes?
Nous aimâmes,
hélas!
nous crûmes,
nous pensâmes:
Un moment nous brillons;
Puis,
sur les panthéons ou sur les ossuaires,
Nous frissonnons,
ceux-ci drapeaux,
ceux-là suaires,
Tous,
lambeaux et haillons!
Et ton souffle nous tient,
nous arrache et nous ronge!
Et nous étions la vie,
et nous sommes le songe!
Et voilà que tout fuit!
Et nous ne savons plus qui nous pousse et nous mène,
Et nous questionnons en vain notre âme pleine De tonnerre et de nuit!
O vent,
que feras-tu de ces tourbillons d'êtres,
Hommes,
femmes,
vieillards,
enfants,
esclaves,
maîtres,
Souffrant,
priant,
aimant,
Doutant,
peut-être cendre et peut-être semence,
Qui roulent,
frémissants et pâles,
vers l'immense Evanouissement!

