Vieille chanson du jeune temps
Je ne songeais pas à Rose;Rose au bois vint avec moi;
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.
J'étais froid comme les marbres;
Je marchais à pas distraits;
Je parlais des fleurs,
des arbres;
Son oeil semblait dire:
"Après?
" La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols;
J'allais;
j'écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.
Moi,
seize ans,
et l'air morose;
Elle vingt;
ses yeux brillaient.
Les rossignols chantaient Rose,
Et les merles me sifflaient.
Rose,
droite sur ses hanches,
Leva son beau bras tremblant Pour prendre une mûre aux branches;
Je ne vis pas son bras blanc.
Une eau courait,
fraîche et creuse Sur les mousses de velours;
Et la nature amoureuse Dormait dans les grands bois sourds.
Rose défit sa chaussure,
Et mit,
d'un air ingénu,
Son petit pied dans l'eau pure;
Je ne vis pas son pied nu.
Je ne savais que lui dire;
Je la suivais dans le bois,
La voyant parfois sourire Et soupirer quelquefois.
Je ne vis qu'elle était belle Qu'en sortant des grands bois sourds.
"Soit;
n'y pensons plus!
" dit-elle.
Depuis,
j'y pense toujours.
Paris,
juin 1831.